Au cœur des supporters bastiais

Par Gillian Hermand

Ligue 1 – Journée 13 (Samedi 7 novembre 2015 à 20h00)

« Seigneur, veuillez pardonner Gillian. 18 jours pour écrire un article… le Per Mertesacker du journalisme? »

lille-bastia2Samedi 7 novembre, petit bonus à « l’étranger ». Rendez-vous avec « les sauvages », Bastia se déplace au stade Pierre Mauroy de Lille pour un match qui sent le souffre du bas de tableau. Ce soir là, 90 mn in stade (enfin, moi tout seul…) s’immisce en tribune visiteur, au cœur des supporters bastiais, d’une réputation à faire pâlir Tony Montana.

Ils m’accompagneront pour ce déplacement. Jérémi et Kevin sont deux réfugiés économiques. Ils ne sont pas Syriens, Irakiens ou Afghans mais Corses. Jeremi vit à Mons depuis plusieurs années. Amoureux de la cité du Doudou, sa passion pour le football l’a très vite amené à aduler notre cher et tendre RAEC Mons. Il a été l’un des seuls à croire encore à une issue favorable pour le club quand tout semblait perdu. C’est ce qui nous a rapprochés. Kevin, lui, est arrivé il y a un peu plus de 6 mois et n’a donc pas eu cette chance unique. Vous l’aurez compris, la playlist pour le trajet va très vite dévier sur les chants corses, on est parti pour une bonne heure de trajet.

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Geoffrey – Jérémi- Kevin, mes hôtes pour ce match, Forza Bastia, Forza Pizza Paï

La Corse, terre de passion et de football
L’île de beauté est partagée entre deux villes de foot. Ajaccio a deux équipes, le Gazelec et l’Athletic Club, mais le Sporting Club Bastia est la fierté du peuple Corse. « S’abonner au club, c’est même devenu un acte militant » selon ses dirigeants. Finaliste de la Coupe UEFA dans les années 1970, le Sporting a connu des années fastes avant de revenir dans le rang. Son stade Furiani, tristement célèbre à la suite du drame qui a couté la vie à 18 personnes, vit au rythme des derbies et des matches face à Marseille, Nice ou le PSG. Chauds bouillants, ses supporters ont aussi connu les galères, marquées par la relégation en national en 2010 et des dettes aussi grandes que les jambes d’Adriana Karembeu. Était-ce fini avec le Sporting? Non. La fierté et l’amour du maillot ont permis au club de remonter les échelons, jusqu’à la Ligue 1 et une finale de coupe de la ligue l’année passée (perdue 0-4 face au PSG). Avec Brandao, s’il vous plaît. Les hommes de Ghislain Printant, au bout du rouleau lors de cette finale, étaient à l’époque emmené par un Guillaume Gillet omniprésent. Aujourd’hui, l’équipe a perdu des cadres comme Boudebouz, Gillet ou Sio et tente de se reposer sur les vieilles branches Squillaci et Modesto sans oublier les symboles corses Julian Palmieri et Yannick Cahuzac. Pour parler de Lille, bah en fait il y a rien à dire, pour le moment, ils sont nuls. Who let de Dogues out? Sans doute Hervé Renard, adepte du jeu stéréotypé et sans but, bref, Lille en ce moment, ce n’est pas sexy.
Nous arrivons au stade sans grande espérance, le spectacle se déroulera autour de nous. Dans ce stade Pierre Mauroy, une enceinte multi- fonction de 50 000 places, qui accueillera des matches de l’Euro 2016. Des policiers nous guident jusqu’à l’entrée du parking situé à l’intérieur du stade. C’est là que ça se Corse pour nous…

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Surveillés de près…

Ils ne sont pas Daesh, ils sont Corses

Ticket en poche pour la modique somme de 15 euros, je commets déjà mon premier crime. Équipé de mon écharpe du RAEC Mons comme toujours, un stadier m’empêche de rentrer. Interdiction de passer avec une écharpe d’une autre équipe, même si elle est belge et qu’elle n’existe plus. Arrêté préfectoral et excès de zèle au programme, « j’aurais pu provoquer les supporters bastiais. » Paradoxal, dans la mesure où les Corses sont les premiers à faire la fête aux Maures

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Cette fois-ci, on laissera l’écharpe à l’entrée…

Après ce premier obstacle évité, place au deuxième, d’un tout autre niveau. A l’étage, trois croix. Une pour moi, une pour Kevin et une pour Jérémi. Des policiers et un chien se trouvent en face de nous, on l’a compris, c’est l’heure de se faire renifler… Le museau de l’animal passe deux fois à la hauteur de ces bijoux qui nous permettent de procréer. J’ai peur pour moi, pour ma copine, pour mes futurs enfants. Heureusement, le cabot s’est contrôlé. Jérémi et Kevin sont deux supporters de football. Ils ne sont pas Daesh, ils sont Corses. Délit de faciès ou de culture? Certainement. Dommage d’en arriver là surtout quand on voit les supporters présents aux stades.

50 Bastiais environ, venus pour la plupart de Paris et de la région du Nord. L’ambiance est amicale, on est loin de la zone de non-droit que leur réputation aurait pu prédire. Deux Corses avaient fait le déplacement en avion jusqu’à Lille pour un match, très peu emballant. Lille se cherche et attend les éclairs de génie de son maître à jouer Sofiane Bouffal tandis que Bastia n’arrive pas à aligner trois passes d’affilée. Les supporters du Sporting tentent quelques chants mais la plupart des gens présents au stade sont surtout là par curiosité. Du côté lillois, c’est l’enterrement. Des Ultras du LOSC, bien plus chauds pour faire les idiots à Mons lors d’un match amical de pré-saison que pour animer leurs propres tribunes.

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Le magnifique stade Pierre Mauroy

 

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« Qu’on leur donne de la brioche »

La mi-temps arrive, et comme toujours, il est temps d’enfiler quelques boissons. Enfin, on ne prendra qu’une bière. 5 euros pour une Bofferding (50 cl) sans alcool, j’ai mal à mon football populaire. 3,5 euros pour un coca-cola et j’en passe, pour l’Euro, il va falloir sortir le hérisson de votre poche les gars…

En deuxième mi-temps, Ghislain Printent sort sa patte de lapin et fait rentrer Brandao. Le Brésilien apporte du poids en attaque et cela paye puisque Bastia ouvre le score suite à une de ses feintes « j’ai pas toucheoo » et le but de Danic. S’en est suivi une pluie de sifflets et la carte rouge de Bouffal, le seul joueur qui sortait du lot dans le rang des Dogues.

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Les gars, il faut chanter aussi…

L’ambiance monte du coté des visiteurs, on commence à croire en l’exploit tout en charriant l’adversaire. « Hey Bautheac, on t’appelle pas Stabilo dans le vestiaire? Tu fais tellement mal aux yeux quand tu joues… » Les Corses, mauvais en déplacement, se dirigent vers la victoire mais Sidibe ruine leurs espoirs à trois minutes de la fin de ce match « pitoyable » selon Hervé Renard. Un coach qui se fera virer dans la foulée, un Renard qui passe et se faire remplacer par le Corse Frédéric Antonetti quelques jours plus tard.

DSCN6441Je finis l’aventure avec mes amis corses en attendant les joueurs à l’aéroport de Lille. Nous repartons à trois, Geoffrey nous accompagne dans notre périple. Quelques passionnés attendent leurs protégés, des protégés qui leur rendent bien malgré un manque criant de qualité dans l’effectif. Une passion pour le blason, de la fierté, de l’amour, voilà le cocktail explosif d’un club qui ne serait rien sans ses supporters. Une photo avec le castard emblématique Julian Palmieri et puis s’en va, la soirée fût belle, merci Bastia.

Avec Julian Palmieri, l'emblème de Bastia

Avec Julian Palmieri, l’emblème de Bastia

lille-bastiaInfrastructures : 8/10
Une magnifique enceinte couverte de 50 000 places, un chaudron propice à une belle ambiance. Heureusement qu’on changera les supporters pour l’Euro. 15 euros pour le ticket, c’est cheap mais on vendra notre maison pour acheter du coca la prochaine fois.
Ambiance: 5/10
La fierté des Bastiais était belle à observer, des supporters peu nombreux (il y avait plus de policiers que de supporters) mais valeureux, qui ont magnifiquement représenté les valeurs de la Corse. Du côté lillois, on était loin de la grande ambiance, concert de sifflets à gogo et de chants silencieux. 5/10 pour la speakerine et l’écran du stade qui projetait les paroles d’un chant pour le LOSC, histoire de rappeler aux Dogues comment supporter leur équipe.

Qualité du match : 4/10
On est souvent critiques avec la Jupiler Pro League, mais ce match était très mauvais. Séduit par Bouffal et surtout par ce milieu de terrain bastiais prêté par Manchester City, Seko Fofana. Quel coffre! On a senti deux équipes avec la peur au ventre. Antonetti a du boulot, les Corses devront transférer pour se maintenir en Ligue 1. Allo Petit Papa Noël?

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